Les langues régionales en Espagne

Tous ceux qui s’intéressent un peu à l’Espagne le savent: il existe plusieurs langues régionales encore très vivaces dans ce pays. De même, la langue espagnole a connu des changements, des distorsions et a emprunté certains mots de vocabulaire à d’autres langues, notamment les langues amérindiennes du continent sud-américain qu’elle a colonisé en grande partie. Voici donc un petit récapitulatif de ces différents dialectes

Espagnol ou castillan?

L’espagnol que vous apprenez avec moi est le castillan. La différence entre les deux termes relève du purisme mais il convient tout de même de la connaître, ne serait-ce que pour votre culture personnelle!

Pour les linguistes donc, l’espagnol est la langue commune à tous les hispanophones du monde, quelles que soient les variantes de vocabulaire que l’on puisse rencontrer en fonction des endroits où cette langue a évolué. On parle donc d’espagnol lorsque l’on veut désigner la langue parlée par les Espagnols et les Latinos-Américains. 

Quant au castillan, il désigne plusieurs éléments: 

1) C’est d’abord la langue officielle de l’Etat espagnol par opposition aux langues régionales comme le galicien, le basque ou le catalan

2) C’est ensuite le dialecte contemporain des régions de Madrid, de Castilla-y-León et de Castilla-La-Mancha;

3) C’est enfin le dialecte du Royaume de Castille tel qu’il était connu au Moyen-Age

Voici une petite carte pour se repérer un peu! Madrid est au centre du pays et les deux Castille correspondent aux numéros 7 et 8, c’est-à-dire les deux régions qui encerclent la capitale. 

Carte espagne

 

Un peu d’histoire.

Tout comme le français et l’italien, l’espagnol est une langue indo-européenne d’origine latine. Les Romains ont apporté avec eux leur langue en conquérant la péninsule entre 218 a.C et 19 a.C.  L’Espagne s’appelle alors l’Hispanie, mais je reviendrai dans un prochain article sur l’Histoire de l’Espagne. 

Cette base latine apportée par les Romains s’est mélangée à des dialectes parlés par les populations déjà présentes sur le territoire comme les Celtibères, les Astures et les Lusitanos (les futurs Portugais) et s’est enrichie au fil des siècles de l’influence des différents peuples qui l’ont traversé ou conquis

A partir du XIème siècle par exemple, l’ouverture de la route de Saint Jacques de Compostelle, grand pèlerinage chrétien, a enrichi l’espagnol de mots et d’expression français. De même, la conquête et la domination musulmane de la péninsule entre 711 et 1492 a laissé des traces importantes dans le vocabulaire et la topographie de certaines régions, notamment l’Andalousie et la Comunidad Valenciana. 

Parmi les dialectes parlés dans la péninsule, il en est un qui s’est rapidement distingué: c’est le castillan. Dès le XIIIème siècle en effet, le Royaume de Castille domine la péninsule sur le plan politique. Il est à la tête de la Reconquista qui consiste à chasser les Musulmans hors du territoire, et connaît son apogée lors du mariage d’Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon, les Rois Catholiques qui parachèvent la Reconquista en 1492 en reprenant la ville de Grenade, l’année même où l’explorateur Christophe Colomb, financé par eux, découvre la future Amérique. C’est à cette époque que le castillan devient la langue des documents juridiques, de la politique et de la diplomatie en Espagne et dans le monde. 

Avec la découverte du Nouveau Continent et les différents comptoirs commerciaux que le royaume d’Espagne possède un peu partout dans le monde, le castillan se propage au-delà des frontières de la péninsule. Deux phénomènes parallèles se produisent alors. 

Dans un premier temps, notamment grâce aux missionnaires chargés d’évangéliser ces terres inconnues, le castillan se mélange aux dialectes amérindiens du Nouveau Monde, donnant ainsi naissance à l’espagnol tel que je vous l’ai défini plus haut. Tout comme l’anglais américain est légèrement différent de l’anglais britannique, l’espagnol latino-américain n’est pas exactement identique à l’espagnol d’Espagne.

En “échange”, des mots amérindiens s’invitent dans le castillan d’Espagne, principalement pour désigner des produits inconnus jusqu’alors et spécifiques au Nouveau Monde. Chocolate, tomate et cacao sont des emprunts aux langues nahualt du Mexique; patata, puma, condor et alpaga sont eux empruntés au quechua, la langue des Incas, et au guarani, dialecte parlé en Amazonie. 

Tous ces échanges et cette diffusion poussent les intellectuels et linguistes d’Espagne à étudier de plus près leur langue, à la décortiquer et à la codifier. En 1611 paraît le premier dictionnaire espagnol, écrit par un certain Sébastian de Covarrubias. Un siècle plus tard, en 1713, c’est la Real Academia Española qui est fondée pour établir les critères de sélection des néologismes (les nouveaux mots). La grammaire espagnole est également définie et officialisée à cette époque. 

L’espagnol reste la langue diplomatique jusqu’au XVIIIème siècle, laissant ensuite la place au français puis à l’anglais. Aujourd’hui, elle continue ses emprunts aux autres langues du monde, notamment l’anglais, à un point tel qu’une langue hybride est apparue aux Etats-Unis: le spanglish,  mélange d’espagnol (spanish) et d’anglais (english) très populaire dans le sud des Etats-Unis. 

Cependant, l’évolution de l’espagnol ne se fait pas qu’avec des emprunts, au contraire! La langue s’enrichit de nouveaux mots à travers les découvertes scientifiques, technologiques, médicales… C’est ainsi que des termes comme película (film), módem, ordenador, psicoanálisis ou teléfono sont apparus aux XXème et XXIème siècles!

 

Les principales langues régionales d’Espagne.

On en compte 4: le galicien, l’asturien, le basque et le catalan. Voici une carte des régions d’Espagne qui vous permettra de retrouver où se parlent ces langues. 

Carte communauts espagnoles

Commençons par les langues du Nord-Ouest pour terminer par celles du Nord-Est de l’Espagne. 

 

Le galicien ou galego

C’est une langue parlée principalement en Galice, la région la plus à l’ouest de l’Espagne mais on la rencontre aussi dans une petite tranche à l’ouest des Asturies, la région voisine, et elle empiète sur le Léon jusqu’à la ville de Zamora.  Il existe également quelques communautés galiciennes en Argentine, en Uruguay et au Vénézuela. 

Il y aurait à l’heure actuelle 3,1 millions de locuteurs galiciens dans le monde. Le galego est compris par 97% de la population galicienne et parlé par 87% de cette même population, mais seuls 45% des Galiciens savent la lire et 27% l’écrire.

Le galego est est une langue romane issue de la langue médiévale dite galaïque-portugaise qui a donné naissance au galicien et au portugais. Jusqu’au XIIIème siècle, le galego et le portugais formaient une seule et même langue. C’est vers 1500 que des différences ont commencé à apparaître et que le galicien a été distingué du portugais. Cependant, les différences sont tellement infimes entre les deux langues qu’un locuteur galicien comprend parfaitement le portugais et inversement. 

C’est une langue officielle mais uniquement en Galice. Les endroits proches de la Galice où sont parlé le galicien sont désignés sous le nom de Franxa exterior, la Frange extérieure

 

L’asturien ou bable

L’asturien est, comme son nom l’indique, parlé principalement dans les Asturies, la région voisine à l’est de la Galice, mais il est également compris en Léon où il est appelé léonais et dans la région portugaise de Miranda del Douro où il est connu sous le nom de mirandais.

Les linguistes parlent d’asturo-léonais pour regrouper l’asturien et ses variantes. Les locuteurs asturiens donnent aussi le nom de bable pour désigner l’asturien. 

600 000 personnes environ parlent et/ou comprennent l’asturien qui est assez proche du castillan. 

C’est une langue romane directement dérivée du latin. Il existe une Académie de la Langue Asturienne, laquelle est enseignée dans les écoles d’Asturie mais elle n’a pas le statut de langue officielle comme le galicien. 

 

Le basque ou vasco ou euskèra ou euskara. 

Le basque n’est pas d’origine indo-européenne, pas plus qu’il n’est issu du latin: à dire vrai, même les linguistes ne savent pas exactement quelle est l’origine de la langue basque. Certains pensent qu’il s’agit d’une langue encore plus ancienne que le latin qui aurait évolué isolément dans les montagnes.

Tout ceci explique le fait que le basque soit incompréhensible pour la quasi totalité du monde car cette langue ne ressemble à aucune autre. Cela explique aussi le grand attachement des Basques à cette caractéristique unique de leur identité.  

Le basque est une langue transpyrénéenne, c’est-à-dire qu’elle est parlée des deux côtés des Pyrénées, en France et en Espagne. Côté espagnol, il est parlé dans le Pays Basque et en Navarre.

Il a le statut de langue officielle au Pays Basque sous le nom de batua mais en Navarre, la situation est un peu plus compliquée. En effet, le basque est une langue officielle dans le nord de la Navarre mais pas dans le sud; et dans le centre, c’est-à-dire la région de Pampelune, le basque est semi-officiel. 

D’après une enquête d’Erramum Bachoc intitulée “Bascophonie, 2011”, il y aurait 710 000 bascophones dans ce qu’il appelle les sept provinces historiques à savoir les provinces où le basque a toujours été parlé: la Basse-Navarre, la Navarre, la Soule, le Gipuzkoa, la Biscaye, le Labourd et l’Alava.

Par rapport à l’ensemble de la population de ces sept provinces, la Basse-Navarre, la Soule et le Guipuzkoa sont celles qui comportent le plus de bascophones avec respectivement 52% et 50% de leur population.

 

Le catalan

Origines et histoire

C’est une langue romane dérivée du latin qui est considérée comme proche à la fois des langues ibéro-romanes (espagnol, portugais, andalou) et gallo-romanes (dialectes français, rhétiques et occitans), d’où de nombreux points communs avec le français. Pour vous donner quelques exemples: malgré se dit malgrat en catalan; petit, petit; donc, doncs… Le catalan a aussi de nombreux points communs avec le castillan qui l’a beaucoup influencé mais ça fait toujours plaisir de se dire qu’une langue étrangère est proche du français !

Jusqu’au Moyen-Age, le catalan et l’occitan formaient une seule et même langue: les aléas politiques et historiques ont fait que progressivement, cette langue unique s’est scindée et qu’en 1934, les intellectuels catalans ont reconnu le catalan comme langue distincte de l’occitan. 

Le catalan connut son heure de gloire au Moyen-Age, entre 1096, début du règne de Ramond Berger III dit le Grand qui unifia les territoires catalans, et 1516, date de la fin de la dynastie catalane d’Aragon. Les Catalans se trouvent alors pris en étau entre les Castillans qui veulent unifier le royaume d’Espagne et imposer leurs institutions et les Français qui font exactement la même chose de l’autre côté des Pyrénées.

Au XVIIIème siècle, le statut de langue officielle est perdu pour le catalan, que ce soit côté espagnol ou côté français. Seule la principauté d’Andorre réussit à conserver tout au long de son histoire et encore aujourd’hui le catalan comme seule langue officielle, les autres territoires étant progressivement soumis à une francisation ou une castillanisation. 

Au XIXème siècle, le catalan revient au goût du jour en Catalogne et dans les Baléares: c’est la Renaixença. Sans redevenir langue officielle, il retrouve son statut de langue culturelle et scientifique. De nombreuses campagnes de promotion permettent de créer en 1907 l’Institut d’Estudis Catalans (vous remarquerez encore la proximité avec le français) chargé de codifier la langue et de publier des grammaires et des dictionnaires.

La Seconde République espagnole en 1931 rétablit la Generalitat de Catalunya avec des compétences considérables. Le catalan redevient une langue officielle et la Generalitat était en train de s’atteler à la restauration de l’usage du catalan dans l’enseignement, les médias et l’édition lorsque la guerre civile éclate en 1936. 

La victoire du général Francisco Franco met fin à l’autonomie accordée: il étouffe toute forme d’opposition et interdit brutalement l’usage public du catalan dans toute l’Espagne jusqu’en 1975, l’année de sa mort. Au cours de ces quarante années de dictature, les Catalans sont souvent discriminés et des personnalités catalanes influentes comme Jordi Pujol (futur président de la Catalogne) sont emprisonnées.

Le retour de la démocratie après la mort de Franco permet la restauration de la Generalitat de Catalunya, inscrite dans la constitution de 1978, et donc le retour du catalan comme langue officielle. 

 

Particularités du catalan

Le catalan est aussi une langue trans-pyrénéenne. Côté français, elle est parlée dans le Roussillon, en Cerdagne et en Andorre; côté espagnol, on l’entend en Catalogne, dans le pays valencien et dans les Baléares. 

Le catalan est une langue officielle dans la principauté d’Andorre, en Catalogne, dans le Pays valencien et les îles Baléares. Il n’a aucun statut dans les autres régions.

Le catalan serait aujourd’hui parlé par plus de 10 millions de personnes mais il ne s’agit que d’estimations car souvent les statistiques ne précisent pas si le niveau parlé est bon, correct ou limité. 

Il faut savoir que le catalan n’est pas une langue unique, comme on pourrait le croire en regardant une carte des langues régionales en EspagneIl comporte des variantes locales très précises auxquelles les habitants sont particulièrement attachés car elles ont pour eux une valeur historique ou géographique très importante.

Par exemple, ne dites surtout pas à un Valencien qu’il parle catalan ou qu’il est catalan! Les Valenciens parlent une variante du catalan, appelée le valencien, qui est certes très proche du catalan mais qui comporte davantage de mots d’origine arabe puisque la région de Valence a été occupée beaucoup plus longtemps par les Musulmans que celle de Barcelone. Le valencien est parlé dans la Communauté Valencienne qui regroupe les villes de Valencia, Alicante et Castellón et est langue officielle depuis 1983.

De même, les habitants des Baléares parlent le majorquín, qui est certes proche du catalan mais qui ne peut être confondu avec lui puisque le majorquín est géographiquement bien délimité par les îles où il est parlé. 

En fait, le catalan est divisé en 2 grands groupes: 

le catalan occidental, qui comporte 3 variantes de catalan: le catalan occidental du Nord, le catalan méridional et le valencien;

le catalan oriental qui lui comporte 4 variantes de catalan: le catalan du Nord ou roussillonais, le catalan central (Girona, Barcelona), le majorquín et l’alghérois (parler d’Alghero ou d’Alguer en catalan).

 

Les autres dialectes parlés en Espagne

L’aragonais est l’ancienne langue du royaume d’Aragon. 5 000 personnes le parlent encore, principalement dans les hautes vallées des Pyrénées de la région aragonaise mais le castillanlargement contribué à sa disparition dans le reste de la région, d’autant qu’il ne bénéficie d’aucun statut particulier et d’aucune mesure de protection pour sa préservation. 

Le gascon est parlé dans la vallée d’Aran, dans les Pyrénées, laquelle appartient à la Catalogne sur le plan politique mais qui est plus proche géographiquement de la France. Le gouvernement catalan lui a accordé un statut limité de langue protégée. Le gascon est enseigné à l’école mais uniquement dans les écoles de la vallée d’Aran, pas ailleurs en Catalogne. 

Le darija et le tamazigh sont les deux langues parlées dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc. Le darija est le dialecte parlé par la population du Maroc et de la Tunisie. Le tamazigh désigne quant à lui un ensemble de dialectes berbères. Ces deux dialectes n’ont aucun droit dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. 

Enfin, le romaní, également appelé calo ou calé, est la langue des gitans. D’origine indo-européenne, elle a survécu miraculeusement grâce à la transmission orale. 

Je terminerai en vous disant que le castillan lui-même contient un certain nombre de variantes plus ou moins vivaces: l’andalou, l’extrémadurien, le murcien, le manchego, etc… Ce sont des différences infimes avec le castillan traditionnel mais suffisantes pour que les linguistes distinguent le castillan du nord du castillan du sud. 

1 réflexion sur “Les langues régionales en Espagne”

  1. J’adore le parler des Espagnoles! Leur mode de vie, leurs plats,leur culture, leur accent si charmant,… leur simplicité et gentillesse. En 1996, j’étais en mission pour quelques semaines à Madrid. Bien que je n’ai jamais de ma vie avoir ni étudié ni parlé cette langue, en seulement 5 jours d’études (4h/j) j’ai décroché l’attestation de niveau moyen (Intermedio) alors que mes collègues partis avec moi n’ont pas pu avoir même le niveau élémentaire. En fréquentant des gens dans les discothèques, dans la rue, les bars,…J’ai appris à parler couramment cette langue et je continue à me débrouiller avec, jusqu’à maintenant. D’ailleurs, tout mon entourage s’est étonné, sachant qu’au contraire, je n’arrive toujours pas à parler d’autres langues étrangères que pourtant j’avais étudié durant de langues années. Depuis cette date, je n’ai jamais cessé de rêver de vivre dans ce chaleureux pays. Pourtant j’en ai vu d’autres plus grands et classés parmi les meilleurs. L’Espagne attire mes gênes comme si j’y ai vécu déjà avant de naître (si vraiment la réincarnation existe?). Vive l’Espagne!

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